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Analyse: Un échec, des responsables
le mercredi 09 Décembre 2009

Insupportable. Oui, il n’y a pas d’autre mot. Samedi soir, face à des doubistes qui n’ont pourtant rien de foudres de guerre, les verts nous ont gratifié d’une nouvelle prestation affligeante devant un public de plus en plus résigné. Au lieu de se rassurer, les hommes d’Alain Perrin n’ont fait qu’accentuer des doutes déjà fort persistants, au sortir de ce match nul piteux qui aura vu une équipe stéphanoise inoffensive se contenter d’un score vierge chanceux dû principalement à la maladresse des attaquants franc-comtois ainsi qu’aux exploits de Janot.

La situation n’est ainsi pas loin d’être désastreuse pour des verts bien pâles qui n’ont plus marqué à GG depuis quatre matchs et qui, non contents de rester englués à cette triste dix-septième, voient leurs adversaires revenir à grands pas. Pourtant, malgré cette constatation indubitablement catastrophique, tout semble aller pour le mieux dans le monde merveilleux de l’ASSE. En effet, entre Matuidi qui a vu un « beau match », Benalouane qui estime que c’est « positif pour la suite » et Perrin qui lui affirme que son équipe a réalisé le « match qu’elle devait faire », tout le monde au club semble s’enfermer dans une béatitude qui frise la démence. Si les joueurs et le staff (on ne parle pas des dirigeants qui eux sont inexistants) ont décidé d’adopter la méthode Coué, la situation devient invivable pour des supporters qui ne peuvent plus accepter de voir leur club couler, sans réaction et sans révolte.

Aussi l’on peut se demander: « mais comment en sommes-nous arrivés là ? ». Comment un club cinquième au classement et possédant le cinquième budget de France il y a moins de deux ans peut-il aujourd’hui se complaire à lutter avec Boulogne et Le Mans pour le maintien, sans réelle remise en question et sans même évoquer l’idée d’un changement quelconque au sein du club ? Nos dirigeants préfèrent aujourd’hui se réfugier derrière des excuses, certes valables pour certaines, plutôt qu’établir un bilan sans concession des causes et des responsabilités, puis d’agir en conséquence. Ils subissent les événements et semblent sans solutions face au désastre actuel. Le fait entre autre de se cacher derrière la malchance pour expliquer le nombre incroyable de blessures et de rechutes que nos joueurs subissent, est le meilleur exemple du déni hallucinant dans lequel vit ce club aujourd’hui. Alors puisque personne ne souhaite apparemment se poser les bonnes questions au sein de notre club, essayons nous nous même à une modeste analyse des causes et des responsabilités de chacun dans la situation présente.

Des dirigeants sans charisme

Il semble objectivement difficile de tout mettre sur le dos des deux actionnaires majoritaires. Depuis la première partie de saison désastreuse en 2008/2009, on ne peut pas dire que « Roro et Zozo » n’ont rien fait, et on ne peut pas dire non plus qu’ils n’ont pris que des mauvaises décisions. Pour cause, il y a tout juste un an la majorité des supporters se satisfaisait de la mise en place de la nouvelle structure. Qui pouvait penser à l’époque que remplacer Roussey par l’expérimenté et titré Alain Perrin n’était pas une bonne chose ? Qui pouvait penser que la venue d’un vrai directeur sportif en la personne de Comolli, lui aussi expérimenté et fort d’un très bon premier passage à l’ASSE entre 2004 et 2006, était une erreur ? Et enfin, qui pouvait décemment ne pas se satisfaire de la mise en retrait des deux présidents ? Non, à ce moment là, les perspectives d’avenir étaient même plutôt réjouissantes du côté de l’Etrat, nonobstant le classement catastrophique du club. Mais malheureusement, le temps révéla ensuite des manques rédhibitoires dans cette nouvelle structure.

Le problème de cette dernière ne se situe pas vraiment au niveau la compétence des personnes qui la composent - car Comolli et V.Tong-Cuong sont tous deux compétents dans leurs domaines respectifs - mais touche plutôt son organisation. Les actionnaires ont en réalité fait l’erreur de donner aux deux précités un costume beaucoup trop grand pour eux. En effet, ces derniers ont été littéralement propulsés sur le devant de la scène du fait du retrait total des présidents, avec pour charge de tenir les rôle de « patrons » du secteur sportif du club. Le bémol dans l’histoire, c’est que ces deux là sont loin d’avoir la carrure et le charisme de vrais dirigeants, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils ont toujours travaillé efficacement dans l’ombre jusqu’à présent. On ne s’improvise pas patron du jour au lendemain. Ainsi le constat semble aujourd’hui irréfutable: il manque un homme fort au sein de cette direction. Quelqu’un qui défend son club dans les médias quand besoin est. Quelqu’un qui est capable de taper du poing sur la table en interne et de recadrer tout le monde. Quelqu’un qui, dans les mauvaises passes, sait remobiliser les troupes et qui ne laisse pas le club plonger dans une léthargie profonde sans réaction. Aujourd’hui, personne n’est capable d’insuffler un esprit de révolte et de remobilisation à l’ASSE, comme peut le faire un Aulas ou un Lacombe à Lyon, un Anigo à Marseille… et la conséquence, c’est que Sainté ressemble davantage au club med qu’à un club légendaire qui a toujours prôné des valeurs de solidarité et d’abnégation. Ce manque se répercute malheureusement sur l’ensemble du club, l’équipe en premier lieu. Comment, en effet, demander aux joueurs d’être des guerriers si personne ne leur inculque cette culture club, cette rage de victoire et cette haine de la défaite inhérentes à tout club ambitieux qui se respecte ? Comment, justement, être un club ambitieux si l'on refuse de voir l'incompétence flagrante de certaines composantes (staff médical par exemple) et de trancher dans le vif ?

Un entraîneur sans solutions

Quand une équipe aussi intéressante que la notre sur le papier obtient des résultats aussi indignes pendant un an et demi, il parait impossible de ne pas évoquer la responsabilité de l’entraîneur. Il semble pourtant difficile de remettre ses compétences en cause car à ce niveau, sa carrière plaide pour lui. Par contre c’est un fait, il n’arrive pas à tirer grand-chose de ce groupe au potentiel intrinsèque franchement supérieur à celui d’équipes qui nous devancent au classement. A son crédit, il serait injuste de ne pas prendre en compte le nombre pharaonique de blessures depuis de longs mois, qui l’empêchent de construire un collectif à base d’une équipe type qui progresse en enchaînant les matchs. Défensivement, les absents sont tellement nombreux qu’on ne peut pas reprocher au staff le manque de solidité de ces verts là. Toutefois on peut cependant affirmer que malgré tout, il y aurait moyen de faire mieux, beaucoup mieux avec ce groupe là, ne serait-ce que sur le plan offensif. Les indisponibilités dans le secteur défensif ne peuvent justifier à elles seules l’indigence hallucinante de notre animation offensive lors des derniers matchs. Les joueurs se battent, mais chacun dans leur coin, ne donnant que trop rarement l’impression de jouer ensemble. Il n’y a toujours aucune cohésion collective dans cette équipe et c’est en ce sens que Perrin a une part de responsabilité non négligeable.

Tactiquement, d’abord, il n’a jamais su adapter son schéma de jeu en fonction des circonstances, préférant se cantonner dans son éternel 4-4-2 qui ne peut fonctionner sans un excellent technicien au milieu capable de jouer le rôle de relayeur, voire de meneur dans la construction, afin d’éviter à l’équipe d’être excessivement coupée en deux comme c‘est souvent le cas. Il n’a pas su mettre en place un style de jeu, il n’a pas su donner une identité de jeu à cette équipe, même si encore une fois il bénéficie de circonstances atténuantes. Mais surtout, on a l’impression que jamais son discours n’est réellement passé auprès de ses joueurs. Quand on regarde jouer une équipe comme Valenciennes, on sent une osmose qu’on n’a encore jamais vu chez nous avec Perrin. Les nordistes n’ont pas plus de talent que nos verts même diminués, mais ils ont une grinta qui ne peut venir que du discours de l’entraîneur. Perrin n’arrive pas à transcender son groupe et semble subir les événements, comme le laissent transparaître ses discours quasi fatalistes dénués de tout esprit de révolte. On ne s'avancera pas de trop en affirmant que cette équipe a besoin d'autre chose.

Une équipe sans caractère

En réalité, ce club manque de « leaders », à tous les niveaux. Dans la direction, il n’y en a pas. L’entraîneur ne parvient pas non plus, apparemment, à jouer ce rôle là. Et sur le terrain, on peut dire que le constat est sensiblement similaire. Il y a bien Bergessio qui tente de porter cette équipe à bout de bras, mais il est malheureusement trop seul. On ne peut pas reprocher aux jeunes tels que Sako, Mirallas ou encore Benalouane de ne pas tenir ce statut, mais à contrario l’attitude des cadres attitrés est on ne peut plus décevante depuis le début de saison. Le cas Ilan, par exemple, est des plus significatifs. Alors qu’il fit partie des principaux artisans du sauvetage du club la saison passée, il est inexistant depuis le mois d’août malgré ses beaux discours dans les médias. Samedi contre Sochaux, dire qu’il se traînait sur le terrain serait à peine, mais vraiment à peine exagéré et il parait de plus en plus difficile de ne pas douter de son implication, lui qui sera en fin de contrat au terme de cette saison. Sur le terrain, il joue trop bas et n’est quasiment d’aucune aide à Bergessio qui malgré sa bonne volonté n’est pas superman, et ne peut de ce fait effectuer à lui tout seul le travail de toute une ligne d’attaque, c’est-à-dire faire le pressing, bouger sur toute la largeur du terrain pendant 90 minutes et en plus, être lucide devant le but. Outre le brésilien, Landrin n’a plus l’abattage et l’influence d’autrefois. L’homme aux trois poumons, qui n’a certes plus ses jambes de vingt ans, a de plus en plus de mal à tenir ce rôle d’infatigable meneur, d’indispensable relais aussi efficace à la récupération qu’à la construction. Payet, lui aussi, est très loin de son niveau de la saison passée. Ce groupe n’a déjà pas beaucoup de cadres à la base alors ceux qui tenaient efficacement ce statut auparavant ne le font plus aujourd’hui, la cohésion collective peut difficilement exister et les deux ou trois recrues pleines de motivation ne peuvent pas non plus porter l’équipe à elles seules.

Pourtant, on ne peut pas dire que la direction n’a pas tenté de résoudre le problème car le recrutement a, du moins partiellement, été réalisé en ce sens avec l’arrivée des deux guerriers argentins et de Sanogo, voire de Gelson. Nous avons pu constater en septembre, lorsque toutes ces recrues étaient alignées ensemble, que ces dernières avaient réussi à révolutionner le jeu et l’état d’esprit de ce collectif. Avec un minimum de continuité, quelque chose de très fort aurait pu se créer autour d’une base composée de Gelson, Matuidi, Sanogo, Bergessio, Fernandez voire N’Daw, auteur d’un excellent début de saison, car dans cette base il y a du talent, de l’expérience mais également de la grinta. Seulement, on connaît tous la suite. Au lieu de pouvoir s’appuyer sur une telle épine dorsale, Perrin du se passer de Sanogo, et régulièrement Fernandez (puis de Matuidi) qui furent supplées par des Ilan, des Mirallas ou même des Rivière à des années lumières du niveau footballistique et mental des deux premiers cités. bref, entre le niveau indigent de certains cadres d’autrefois et les blessures de recrues indispensables (Sanogo en premier lieu), on se retrouve irrémédiablement avec une équipe dénuée de leaders et donc sans âme, sans caractère.

En conclusion, il ne s’agit pas de blâmer particulièrement les dirigeants, l’entraîneur ou les joueurs, mais simplement de ne pas se voiler la face au sujet des causes de notre situation et des responsabilités de chacun. Il est impératif que toutes les composantes du club fassent, à leurs niveau, leur autocritique et cherchent des solutions pour améliorer une situation de plus en plus désastreuse. Ce club ne peut plus continuer de sombrer dans l’indifférence quasi générale, sans que personne au sien du club ne réagisse autrement qu’en se réfugiant derrière moult excuses. Nous supporters, sommes aujourd’hui en droit d’exiger une prise de conscience générale et une réaction des plus rapides de la part d’un club qui, eu égard à son budget et à son standing, est très loin de la place à laquelle il devrait être depuis bientôt deux ans maintenant.

Max

 

 

 

 

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